Chapitre I

      Assise dans la salle d'attente du service Population de l'Administration communale, Madame KAZAN attendait patiemment son tour en présence de Madame DUTERTRE, la bonne cinquantaine et qui se remettait tant bien que mal d'un cancer du sein, et de Madame DULIEU, début de la quarantaine et qui adorait par-dessus tout son métier d'enseignante, toutes deux, le hasard faisant parfois bien les choses, étant de bonnes connaissances de Madame KAZAN.

- « Séraphine », se risqua Madame DULIEU en s'adressant à Madame DUTERTRE, « ce que j'ai à te dire risque de te faire de la peine, mais tu dois savoir... Es-tu au courant que ton cher mari voit d'autres femmes ? »

- « Ah c'est donc toi... J'ai déjà reçu deux courriers, l'un adressé à « Madame la sorcière » et l'autre à « Ange ». Si c'est pour faire du mal à mon couple, sache que cela ne me touche absolument pas ! Je pense que tu ne sais pas encore à qui tu as affaire ! Mais si tu bases ton jugement sur des preuves tangibles, une photo ou une vidéo, pour corroborer tes propos, alors on pourra peut-être en reparler. »


À peine Madame DUTERTRE avait-elle prononcé ces paroles qu'elle se leva fièrement de son siège et quitta précipitamment la salle d'attente.

- « Tiens », poursuivit imperturbablement Madame DULIEU en se tournant vers Madame KAZAN que les propos particulièrement abrupts et indélicats tenus par son amie avaient quelque peu choquée mais qui réfléchissait déjà à qui le rôle du corbeau pourrait s'avérer le plus profitable, « tu savais toi pour Jean-Marie ? »

- « De qui parles-tu ? », répondit-elle avec curiosité.

- « Jean-Marie CHESTING, le mari de Séraphine. Il entretiendrait une étroite relation avec celle que l'on surnomme déjà la « Veuve joyeuse » dans le village, Madame DON MARTINEZ. Elle, tu vois de qui je parle ? C'est une infirmière à la retraite... »

- « Oui bien sûr que je la connais », acquiesça Madame KAZAN, « beaucoup de ragots circulent effectivement à son sujet. »

- « Alors tu sais probablement que l'on raconte qu'elle aurait assassiné son époux pour l'argent. », commença à narrer Madame DULIEU. « Son défunt mari aurait en effet rédigé un testament qui ne laisserait que le minimum légal à ses deux enfants et favoriserait ainsi Michèle avec qui il entretenait pourtant une relation tumultueuse. »

- « Les gens aiment se mêler de la vie des autres et d'aucuns peuvent parfois se montrer bien médisants et surtout fort jaloux », commenta Madame KAZAN.

- « Oui tu as sans doute raison, Diana, n'empêche que le jour même du décès », renchérit Madame DULIEU, « elle serait allée, avec son fils, faire le tour des institutions bancaires pour retirer de l'argent des comptes du défunt. Plus de 20.000 € de cash qu'elle se serait ainsi appropriée avant que les avoirs ne soient bloqués suite au décès. Tu trouves cela normal, toi, alors que pratiquement tout était censé lui revenir ? »

- « Non, évidemment, et si cela est bien vrai », concéda Madame KAZAN. « c'est qu'elle redoutait sans doute qu'un autre testament, rédigé postérieurement, ne révoque le premier. »

- « En tout cas, sa notaire lui aurait demandé de restituer les fonds dès qu'elle a eu connaissance de cette situation. ».

- « Et sinon qu'en dit la police ? », demanda Madame KAZAN sur un ton plutôt dubitatif.

- « Personne ne le sait, mais j'imagine que la notaire ou les institutions bancaires l'auront prévenue et qu'une enquête est effectivement en cours, au moins pour tentative de fraude et sans doute aussi pour décès suspect, car Madame DON MARTINEZ aurait donné différentes causes au décès », expliqua Madame DULIEU : « Covid-19, embolie pulmonaire, hémorragie post-opératoire et crise cardiaque. Et il se dit aussi qu'elle aurait confié à des amis ou à des proches qu'à la vue du corps de son mari affalé dans le fauteuil, alors qu'elle s'était relevée la nuit pour boire un verre d'eau, elle aurait immédiatement compris que la Faucheuse avait fait son œuvre, jugeant par ailleurs inutile et vain tout effort de réanimation, et, comme poussée par une profonde rancœur ou, au contraire, immergée dans une totale indifférence, elle se serait même d'instinct exclamée : « Ah ça y est, il est parti ! » »

- « Si c'est bien le cas, c'était pour elle une sorte de soulagement et elle a dû attendre patiemment sa mort, le laissant lentement agoniser sans lui porter secours. », commenta Madame KAZAN.

- « Madame DON MARTINEZ affirme qu'elle a découvert le corps livide et sans vie de son mari à 3h00 du matin et que le médecin se serait immédiatement déplacé pour constater le décès. Mais, ce n'est pas la vérité ! Il ne s'est pas rendu au domicile du défunt avant 9h00 pour procéder à son examen. », relata encore Madame DULIEU.

- « Je ne connais pas du tout tes sources, mais cela paraît bien troublant en effet, d'autant qu'un second mobile, l'existence d'un amant, pourrait aussi venir expliquer un éventuel acte meurtrier. Et qui sait, peut-être avons-nous dès lors affaire à de véritables amants diaboliques ! »

- « J'espère vivement que cette sombre femme et son amant n'ont pas de mauvaises intentions vis-à-vis de mon amie, Madame DUTERTRE qui, derrière sa carapace, masque une énorme souffrance. »


Après un bref instant de silence, Madame KAZAN inclina doucement la tête vers Madame DULIEU avant de reprendre la conversation d'une voix à peine perceptible :

- « Des nouvelles de la petite Maé, la fille de ton voisin ? »

- « Son papa ne la voit plus, elle aurait été placée par le Juge, mais cela serait une mesure provisoire », expliqua Madame DULIEU. « Lors de son audition vidéo filmée, elle aurait en effet déclaré que son papa aurait abusé d'elle, mais c'est à prendre avec les précautions d'usage, car c'est aussi comme cela qu'elle est obligée d'appeler son beau-père, un Algérien du nom d'Habu EDARI ou OEDARI, je crois, quelque chose comme ça en tout cas, un homme au lourd passé judiciaire et aux fréquentations plus que douteuses, et qui la terrifie. »

- « Pauvre petite, à même pas 10 ans, elle en a déjà vu cette gamine ! », s'indigna Madame KAZAN. Et sa maman laisse faire ? », interrogea-t-elle.

- « Oui, Madame STROUMUE, qui, comme tu le sais, est assistante sociale, se serait radicalisée depuis sa rencontre avec Habu et ne se séparerait désormais plus de son voile. Mais ça ce n'est encore rien, il y aurait bien pire ! Fanny aurait laissé sa fille à deux ou trois reprises rejoindre l'Algérie, sans l'accord de son papa, seule avec son beau-père, munie d'un passeport vert, donc sûrement algérien, et en se faisant appeler Amina. La première fois qu'elle y est allée, elle n'avait pas 4 ans et elle se souvient d'y avoir rencontré des hommes à barbe rouge, sans doute des salafistes. »

- « Quelle histoire ! », conclut Madame KAZAN. « Et moi, on voudra m'imposer un parcours d'intégration alors que je vis en Belgique depuis plus de dix ans et que je respecte les us et coutumes de ce pays ! Je me suis déjà fait insulter en rue parce que je portais un mini short ! »

- « Ah oui tu m'avais dit que tu avais entamé la procédure d'acquisition de nationalité. Où est-ce que cela en est ? »

- « Cela fait maintenant des mois que j'ai introduit mon dossier, mais ça a fort traîné et je ne sais pas pourq... »


      À cet instant précis, l'agent communal, Madame DUBOIS, vêtue d'un tailleur bleu, d'un chemisier blanc et d'un foulard chamarré, sortit de son bureau et annonça :

- « Madame Diana KAZAN ? »

- « Oui, c'est moi !», répondit-elle en se levant.

- « Suivez-moi je vous prie. »

- « Vinciane, on peut aller boire un petit café sur la grand-place pour continuer notre conversation tout à l'heure, si ça te dit... »

- « Pourquoi pas, excellente idée ! », s'exclama Madame DULIEU.


      Madame KAZAN EL KHOUFIM entra dans le bureau et, après avoir attendu que la fonctionnaire administrative l'invite à s'asseoir, retira sa veste en daim, laissant ainsi percevoir un petit gilet noir qui surplombait sa petite jupe couleur d'abysse, et s'assit dans un fauteuil sobre mais néanmoins confortable, laissant deviner de fines jambes élancées et sublimes qu'elle croisa instinctivement.

- « Voici votre dossier, toutes les pièces que vous nous avez communiquées s'y retrouvent. Étant donné que vous souhaitez faire un recours contre la décision émise par le Procureur du Roi, nous allons transmettre ces pièces au greffe du Tribunal de la Famille près le Tribunal de 1ère instance. Mais je vous répète que vous auriez mieux fait d'effectuer un stage d'intégration, car le diplôme académique que vous nous avez remis, bien qu'une reconnaissance d'équivalence lui ait bien été octroyée par la Fédération Wallonie-Bruxelles, concerne une formation suivie dans votre pays d'origine et non pas des études poursuivies en Belgique, ainsi qu'expressément stipulé dans la législation. »

- « Je vous avais pourtant également transmis un certificat prouvant que j'avais bien suivi une formation de plus de six cents heures en informatique et travaux de bureau dans un établissement agréé et dont vous n'avez pas voulu tenir compte. Je me demande également pourquoi vous avez persévéré à vouloir introduire mon dossier sur base de l'article 12bis, paragraphe premier, troisièmement du Code de nationalité [1] et négligé de faire figurer, à côté de mes fiches de salaire, les relevés d'indemnités de mutuelle consécutifs au grave accident que j'ai subi et dont je garde encore quelques séquelles aujourd'hui. Pourriez-vous dès lors veiller cette fois à transmettre un dossier complet. »

- « Si nous n'avons pas pris en compte toutes les pièces, Madame KAZAN, c'est que nous avons l'habitude de ce genre de dossier et savons ce qui est important et sera bien pris en considération lors de la remise d'avis par le parquet. Nous pouvons nous targuer d'avoir un taux de plus de nonante-cinq pour cent de dossiers qui reçoivent un dénouement favorable et là encore si vous nous aviez seulement écouté... »

- « Un stage d'intégration, Madame DUBOIS ? Mais pour quoi faire ? », vitupéra Madame KAZAN. « Me retrouver avec des personnes qui ne savent ni lire ni écrire le français, pour m'expliquer l'histoire et la géographie de la Belgique, alors que je connais tous les rois qui se sont succédé à la tête de ce pays que j'ai sillonné du Nord au Sud et de l'Est à l'Ouest puisque j'ai travaillé pour une entreprise située en Flandre et qui est spécialisée dans l'import-export. Je parle impeccablement l'espagnol, le français et l'anglais, me débrouille assez bien en néerlandais et maîtrise bien entendu l'arabe et ses différents dialectes... »

- « En tout cas », reprit Madame DUBOIS, les joues rougissantes, « nous vous présentons nos plus humbles excuses, au nom de l'Administration communale de votre précédent domicile, pour l'erreur de retranscription commise antérieurement dans le Registre de population qui justifie le temps anormalement long mais néanmoins nécessaire pour effectuer les différentes vérifications. »

- « Oui et vous vouliez pratiquement me faire commettre un faux », martela Madame KAZAN, « en me demandant de faire corriger un document officiel, sans compter les frais engendrés pour obtenir pas moins de 3 copies intégrales de mon acte de naissance, la dernière étant bien pourvue de son Apostille, conformément à la Convention de la Haye [2]... »


      Une vingtaine de minutes plus tard, dans la salle de dégustation de la boulangerie DEMOULIN, nos deux amies se retrouvaient autour d'une assiette de croissants et de pains au chocolat, ainsi que d'un bon café bien chaud.

- « Que cela fait du bien de se poser un moment entre filles pour papoter un peu ! », constata Madame DULIEU.

- « C'est vrai qu'il faut toujours courir et on n'a jamais le temps pour nous... Tu ne croiras pas Vinciane ce qu'il m'est arrivé l'autre jour quand je me suis rendue à la banque pour résilier mon contrat d'assurance auto que j'avais pourtant souscrit dans ce même établissement. J'ai demandé l'assistance d'un membre du personnel qui se trouvait à l'accueil, étant donné que je ne m'en sortais pas seule sur l'ordinateur, et il m'a répondu que je n'avais qu'à passer directement par la compagnie d'assurances, car ce n'était pas son affaire. »

- « Ah bon, il n'avait pas l'air fort commode ton type ! »

- « C'est le moins que l'on puisse dire ! Et comme je me permettais d'insister et qu'il ne daignait toujours pas bouger, je me suis permise de lui dire que j'en aviserais le gérant ; sur quoi il m'a répondu qu'il n'était pas là, que c'était lui le gérant par intérim et que si je n'étais pas satisfaite, rien ne m'empêchait d'attendre son retour, mais que je risquais d'en avoir pour longtemps ! »

- « Il est quand même culotté celui-là ! », s'offusqua Madame DULIEU. « Ne s'appellerait-il pas Dagobert [3] par hasard ? », ajouta-t-elle avec un brin d'ironie.

- « Non, David, je crois. Et attends, il a encore ajouté que si je n'étais pas contente, je devrais faire avec car, ici, c'est la loi belge qui s'applique ! En entendant cela, j'ai commencé à trembler et je me suis sentie mal, car qu'est-ce que la loi belge venait faire dans cette histoire, d'autant que ce n'était pas la première fois que j'étais victime d'un comportement ressemblant à s'y m'éprendre à un acte raciste. Heureusement, une jeune employée est venue vers moi et, en deux temps trois mouvements, elle avait fait le nécessaire. Comme quoi, il n'y avait pas de quoi fouetter un chat ! »

- « Il était tout simplement de mauvaise foi et je pense aussi qu'il s'agit bien de discrimination... Mais tu n'es pas la seule à avoir eu des soucis ces derniers jours. Moi, j'ai dû citer mon jardinier ou plutôt son entreprise « Les jardins de Lambique » en Justice. Un de ses ouvriers qui débroussaillait a causé un sinistre à notre portail et Monsieur RIMENE, Georges de son prénom, refuse de voir sa responsabilité engagée sous prétexte que les impétrants ne lui avaient pas été signalés auparavant. »

- « C'est vraiment très malhonnête de sa part. Qui cause un dommage est tenu de le réparer ! Cette maxime semble aller de soi. »

- « Et puis... »


Voyant arriver dans leur direction la serveuse que l'on pouvait facilement distinguer grâce à son tablier blanc garni de petits papillons multicolores, Madame DULIEU s'interrompit brusquement pour être sûre de ne pas être entendue.

- « Vous désirez encore quelque chose ? », leur demanda la jeune femme.

- « Diana, tu n'es pas pressée ? Je reprendrais bien un expresso et un petit pain au chocolat. Ils sont vraiment délicieux ! »

- « Pour moi, un cappuccino fera l'affaire. », ajouta Madame KAZAN.

- « C'est noté. Je vous apporte cela tout de suite. », conclut la serveuse avec un large sourire.


La jeune femme étant repartie vers le comptoir, Madame DULIEU reprit la conversation où elle l'avait laissée.

- « Ce que je voulais dire, c'est que les fils avaient été arrachés et si le jardinier n'avait pas essayé de réparer lui-même le dommage contre l'avis même du réparateur que je lui avais pourtant passé au téléphone, les fils ne se seraient pas touchés et de facto ils n'auraient pas grillé la carte électronique du portail... »


Madame DULIEU continuait de parler, mais Madame KAZAN ne l'écoutait plus depuis qu'une jeune personne, la trentaine, cheveux foncés coupés court, portant une veste bleu marine avec un écusson distinctif à l'épaule gauche, un pantalon ajusté de même couleur quoique légèrement plus clair et des baskets blanches, se soit assise à une table située à une dizaine de mètres à peine et ait requis toute son attention. Depuis son arrivée, l'inconnue ne cessait en effet pas de fixer Diana de ses deux petits yeux vert brillant, tout en faisant mine de parler au téléphone qu'elle tenait à l'oreille droite.

Comme la serveuse venait de lui apporter la carte, la jeune dame la prit en main, la parcourut rapidement puis la déposa sur la table avant de quitter l'établissement aussi discrètement qu'elle y avait pénétré.

- « Tu rêves ma belle ? », se risqua Vinciane, voyant que son amie ne lui prêtait plus vraiment attention.

- « Non », répondit Diana, « tu vas me prendre pour une paranoïaque, mais j'ai la drôle impression d'être suivie. »

- « Ah bon ? Qu'est-ce qui te fait dire cela et qui aurait intérêt à te suivre ? Tu es sans doute un peu surmenée ces temps-ci avec ton boulot... »

- « Il y avait une jeune dame derrière toi, il y a juste un instant. Elle est entrée, s'est assise deux minutes tout au plus et est repartie sans consommer. Tu n'es pas obligée de me croire, mais c'était la même personne qui semblait m'observer lorsque je suis allée faire mes courses hier après-midi. Elle est entrée dans le magasin habillée de la même façon qu'aujourd'hui, sans avoir emprunté de caddie, parlait tout bas au téléphone tout en me regardant à distance. J'ai alors fait semblant de rien et ai déambulé dans les rayons, mais l'inconnue était toujours dans les parages. Et quand je suis arrivée à la caisse, elle était juste derrière moi et a quitté le magasin sans achats. Quelques instants plus tard, je sortais à mon tour sur le parking et je n'ai pas vu de voiture démarrer, mais l'inconnue avait bel et bien disparu. »


Madame DULIEU avait écouté son amie sans l'interrompre et, la connaissant bien, savait qu'elle ne délirait pas, que si elle l'avait ressenti au point d'en être persuadée, c'est que cela devait être vrai.




[1] Code de nationalité belge du 28 juin 1984 entré en vigueur le 22 juillet 1984 et modifié à de nombreuses reprises. L'article 12bis a été inséré dans le Code par l'article 10 de la loi du 04 décembre 2012.

[2] Cette convention facilite l'échange de documents officiels entre les pays signataires, de sorte qu'un document portant une apostille de l'un de ces pays doit être accepté dans un autre pays participant à la convention sans que ne soit rendue nécessaire une quelconque authentification complémentaire.

[3] Fils de Clotaire II (584-629) et arrière-arrière-petit-fils de Clovis Ier (vers 466-511), Dagobert Ier (vers 602-639) est un roi de la dynastie mérovingienne qui règnera sur l'Austrasie (623-632), mais également sur tous les Francs (629-639). C'est à sa mort que le pouvoir monarchique passera entre les mains des maires du palais et, en 751, Childéric III, le dernier roi mérovingien, sera déposé par Pépin le Bref qui fondera la dynastie carolingienne. L'appellation de « rois fainéants » (littéralement « rois qui ne font rien ») attribuée aux rois francs mérovingiens qui ont succédé à Dagobert Ier s'est imposée suite à la publication de la biographie de Charlemagne écrite au IXème siècle par Eginhard (Vita Karoli Magni, soit « La vie de Charlemagne ») et visait à légitimer le pouvoir carolingien, les rois mérovingiens étant ainsi « faits néants ».

Quoi qu'il en soit, le bilan du règne de Dagobert Ier est très positif : il a posé les bases de la féodalité et fondé de nombreux monastères, a fait de Paris sa capitale unitaire et, poursuivant l'œuvre de sainte Geneviève, il entreprendra également de rénover et d'enrichir le sanctuaire de Saint-Denis où il reposera à sa mort et qui deviendra la nécropole des rois de France.

Selon une chanson pamphlétaire de la seconde moitié du XVIIIème siècle, Dagobert était tellement distrait qu'il mettait régulièrement ses culottes à l'envers :

« Le bon roi Dagobert

A mis sa culotte à l'envers ;

Le grand saint Éloi

Lui dit : Ô mon roi !

Votre Majesté

Est mal culottée.

C'est vrai, lui dit le roi,

Je vais la remettre à l'endroit. »

Mais en réalité, à travers Dagobert Ier, c'est Louis XVI et l'autorité royale au sens large que l'on vise et tourne en ridicule « en ce Siècle des Lumières qui prépare le terrain de la Révolution française » !

La culotte était d'ailleurs un symbole vestimentaire de l'Ancien Régime et était portée par les nobles et les bourgeois. Au début de la Révolution française, par mépris, les manifestants populaires reçurent l'étiquette de « Sans-culottes » parce qu'ils portaient des pantalons à rayures et non des culottes courtes et des bas. Par la suite, les révolutionnaires issus du « Tiers état » qui portaient cette tenue vestimentaire et se faisaient les défenseurs d'une République égalitaire garderont ce surnom. Jugés plus « radicaux », car ils prônent la démocratie sans intermédiaires, on les reconnaît aussi grâce au bonnet phrygien (qui tire sa symbolique de liberté de sa ressemblance avec le pileus qui coiffait les esclaves affranchis sous l'Empire romain) rouge qui va vite devenir un véritable effet de mode, ainsi qu'un symbole de la République française et l'un des attributs de Marianne.

Adrien BEMELMANS - L'Étrangère aux yeux d'Argus
Tous droits réservés 2022
Optimisé par Webnode Cookies
Créez votre site web gratuitement ! Ce site internet a été réalisé avec Webnode. Créez le votre gratuitement aujourd'hui ! Commencer