Chapitre III

      Près d'un an plus tard, la veille des sommets cumulés de l'OTAN, du G7 au siège de l'Alliance atlantique en présence du Premier ministre japonais, ainsi que des chefs d'État et de gouvernement de l'Union européenne, Air Force One, l'avion Boeing 747 VC-25A du 46ème président des États-Unis d'Amérique, venait de se poser à 21h10 précises sur le tarmacadam de la base aérienne de Melsbroeck où le Premier ministre belge, accompagné des ministres des Affaires étrangères et de la Défense, attendait son hôte de marque afin de lui témoigner un accueil des plus chaleureux.

Le convoi présidentiel se dirigerait ensuite vers l'ambassade américaine où le président était attendu pour la soirée et non, comme fallacieusement annoncé pour des raisons de sécurité, à The Hotel., chaussée de Waterloo à Bruxelles, une infrastructure hôtelière de luxe, offrant une vue panoramique à couper le souffle sur la capitale.

Après un séjour à l'agenda bien chargé où il plaiderait entre autres pour un renforcement de l'unité occidentale, un investissement accru dans la lutte contre une menace émergente que constitue le cyberterrorisme, ainsi que le déploiement de défenses chimiques, biologiques et nucléaires supplémentaires face au risque aujourd'hui bien réel d'utilisation d'armes non conventionnelles contre l'Occident, le président continuerait ensuite son périple deux jours plus tard vers la base militaire de Powidz, avant de rencontrer son homologue polonais à Varsovie et de réaffirmer l'engagement des États-Unis, aux côtés de ses alliés et partenaires, à promouvoir et garantir la sécurité et la paix des démocraties occidentales aujourd'hui à nouveau menacées par la velléité et le désir d'expansion de grandes puissances totalitaires que sont la République populaire de Chine et surtout, directement aux portes de l'Union européenne, la Fédération de Russie, enlisée dans une guerre d'usure totalement injustifiée et unanimement condamnée par les pays membres de l'Organisation des Nations unies, qu'elle mène contre d'anciennes républiques soviétiques afin de maintenir l'OTAN à distance respectable du maître du Kremlin.


      Des mesures de sécurité exceptionnelles et visant à encadrer les divers événements internationaux prévus sur le territoire bruxellois avaient été annoncées par le porte-parole de la zone de police Bruxelles-capitale-Ixelles au journal télévisé de 19h30 :

- « De gros embarras de circulation sont évidemment à prévoir durant deux jours dans la capitale », expliqua-t-il. « Certaines rues seront temporairement fermées le temps du passage des différents cortèges officiels, plusieurs tunnels rendus totalement inaccessibles et enfin la circulation et le stationnement non autorisés dans les périmètres de sécurité qui ont été établis, à savoir autour de l'ambassade des États-Unis, en ce compris une partie du parc Royal, le boulevard du Régent et la rue Ducale, délimités par la rue de la Loi et la rue Lambermont, autour du site de l'OTAN à Evere, avenue Léopold III entre le Ring et l'intersection avec l'avenue Bordet, et tout le quartier européen. En outre, les fenêtres des bâtiments repris dans ces périmètres ainsi définis devront garder fenêtres closes.


Le niveau de la menace planant au-dessus des différents sommets, déterminé par l'Organe de Coordination pour l'Analyse de la Menace (OCAM) [1] sur base des informations communiquées par ses différents services partenaires et validé lors du dernier Conseil national de Sécurité, avait en effet été remonté à 3 sur une échelle de 4 la semaine précédente.


      Neuf jours plus tôt, en effet, lors de la réunion du Conseil national de Sécurité, les visages étaient fermés et graves, l'ambiance plutôt pesante, lorsque le Commissaire général, représentant la Police intégrée à deux niveaux, prit la parole :

- « Monsieur le Premier ministre, chers membres du Conseil, je tiens d'abord à mettre en exergue l'excellente collaboration entre nos services de police, le Parquet fédéral, la police allemande et les services de renseignement belges et étrangers. Je pense ici à la DGSE, au BND, au MI6, sans oublier bien entendu la CIA. Et je tiens à souligner tout particulièrement le travail phénoménal accompli par les agents de la Sûreté de l'État qui nous a permis de découvrir qu'un attentat en préparation visait la visite du président américain au sommet européen prévu la semaine prochaine au bâtiment Europa, siège du Conseil européen et du Conseil de l'Union européenne.

C'est ainsi qu'ils se sont rapidement rendu compte qu'un certain Guy SAMOHARÉGUÉ entretenait des liens étroits avec le SVR, le service d'espionnage russe, et recevait régulièrement de grosses sommes d'argent de l'étranger de la part d'un oligarque réputé proche du président russe.

Il y a un peu moins d'un mois, nous avons alors reçu des informations importantes nous alertant que la menace d'attentat se précisait et qu'un engin explosif était sur le point d'être assemblé. Une enquête a alors immédiatement été ouverte par le Parquet fédéral.

Et la police judiciaire fédérale de Bruxelles s'est ensuite coordonnée avec la police allemande, de sorte que nous avons alors pu procéder la semaine dernière à plusieurs perquisitions, cinq en Belgique, soit à Uccle, Wavre, Binche, Manage et Mons, ainsi que deux en Allemagne, l'une à Hambourg et l'autre à Cologne.

Lors de ces perquisitions, les services de police ont arrêté une quinzaine de personnes dont un couple d'origine biélorusse en Allemagne. Huit individus ont vu leur mandat d'arrêt confirmé par le juge d'instruction, dont Monsieur SAMOHARÉGUÉ. On a également pu mettre la main sur un impressionnant arsenal militaire :


- 500 grammes d'explosif TATP prêt à l'emploi et des dispositifs de mise à feu ;

- environ 300 litres d'acétone ;

- 120 bonbonnes de butane ;

- des uniformes de police et d'agents de sécurité, y compris des gilets pare-balles ;

- des Glock pareils à ceux qu'utilise la police et des armes de guerre AK47 ;

- trois lance-roquettes ;

- deux carabines avec lunette de visée thermique ;

- un combi de police volé un mois plus tôt et garé dans un parking souterrain à Uccle, ainsi que d'autres véhicules de marque allemande ;

- des fausses plaques d'immatriculation ; ainsi que

- des faux papiers et des badges d'accès au bâtiment Europa.


Bref, vous l'aurez compris, nous avons mis la main sur du matériel censé équiper un véritable commando de la terreur et qui a demandé l'intervention du service de déminage de l'armée, le SEDEE.

Ces événements, s'ils prouvent l'efficacité de nos services, doivent néanmoins nous faire prendre conscience du niveau de menace élevé qui va planer sur les sommets exceptionnels qui se dérouleront sur notre territoire la semaine prochaine. Nous appelons dès lors à la plus grande vigilance de tous nos services et à leur professionnalisme afin de garantir la sécurité des différents chefs d'État et de gouvernement, tout en permettant aux navetteurs de se déplacer dans notre capitale dans les meilleures conditions. »


      Pendant ce temps, Madame KAZAN EL KHOUFIM, regardant distraitement par le hublot, voyageait confortablement installée en classe Affaires sur le vol UAE184, à bord d'un Boeing 777-300 de la compagnie Emirates, à destination de Dubai où l'attendaient deux semaines de détente et de remise en forme bien méritées à l'hôtel Oaks Ibn Battuta Gate, suite à quoi elle se rendrait à l'ambassade de Belgique à Abou Dhabi pour recevoir les directives liées à sa prochaine mission.




[1] L'OCAM est le centre fédéral de connaissance et d'expertise qui évalue en permanence la menace terroriste et extrémiste en Belgique. Dirigé par un magistrat, ce service a été institué par la loi du 10 juillet 2006 relative à l'analyse de la menace. Ses missions ont été précisées dans son arrêté d'exécution du 28 novembre 2006 et concernent :

- la gestion opérationnelle de la « Banque de données commune » (BDC) qui contient les noms de tous les extrémistes et terroristes connus et permet le partage d'informations de premier ordre avec les différents partenaires ou services d'appui;

- la « Stratégie Extrémiste et Terroriste » (« Stratégie TER ») qui remplace, depuis le 08 septembre 2021, le plan R initial de 2006 et inclut désormais les entités fédérées, vise à réduire autant que possible, et selon une approche pluridisciplinaire, le processus de radicalisation qui mène au radicalisme et au terrorisme au sein de notre société;

- les évaluations ponctuelles qui déterminent spécifiquement le niveau d'une menace, et les évaluations stratégiques de la menace qui mettent l'accent sur une tendance ou une problématique particulière, sur base des informations et des renseignements communiqués par les différents partenaires.

Adrien BEMELMANS - L'Étrangère aux yeux d'Argus
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